Cette attente imprévue au programme le gênait quelques peu. Il était pressé d’avoir une réponse et ne voulait pas être obligé encore de demander asile pour une deuxième nuit dans le village.
Le sort le languissait, le taquinait, ne lui donnait pas de prises faciles, sûrement parce que celui-ci savait qu’il avait affaire à quelqu’un d’obstiné, chacun dans ce bras de fer virtuel voulait avoir le dernier mot, c’était au plus fort, au plus résistant. Mehdi, lui ne se posait pas trop de questions, il fallait parer au plus pressé, trouver un travail, pour survivre. Il ne se lamentait point et bravait toutes les situations fussent-elles des plus inextricables, pour arriver à ses fins et se mettre à l’abri des aléas.
Ces réflexions lui prirent plusieurs heures dans la même position, qu’il ne changeait de temps à autres que pour reposer ses flancs.
Enfin, il aperçu au loin un attelage dévalé la pente à l’autre bout du village et comprit qu’il pouvait s’agir de Si Ali qui rentrait de voyage.
Il se releva, ramassa ses frusques et revint sur ses pas en direction du village. Il allongea la foulée dans le but d’intercepter l’attelage avant son arrivée au ksar de Si Ali.
Si Ali était l’une des rares personnes sinon la seule au village à disposer d’un attelage aussi bien confectionné.
Il s’agit d’une charrette à deux grandes roues en bois tirée par un mulet. Sur le devant du véhicule, un banc a été monté pour recevoir le conducteur et un passager. A l’arrière tout l’espace restant est réservé pour le convoyage de marchandises achetées ou produits à vendre.
Si Ali fut vite reconnu de par ses habits par Mehdi qui était déjà debout à l’entrée du Ksar. C’était un homme trapu, moustachu, vêtu d’une djellaba en laine blanche et d’un turban jaune ocre. Les doigts forts et poilus sur le revers de la main révélaient la force qui émane de cet homme sur lequel le poids des années ne semble avoir aucun effet.
- Salam Oualikoulm Si Ali,
- Oualikoulm Salam ?
- Je suis en quête de travail et M. Mohamed le premier habitant à l’entrée du village m’a dit hier que vous cherchiez quelqu’un pour travailler aux champs.
- Oui, mais ce fut il y a deux semaines. Par contre j’ai besoin d’un berger pour mes caprins et mes vaches, si vous êtes intéressés.
- Oui bien sûr
- Bien, alors, rentrons à l’intérieur et nous discuterons de cela.
Si Ali descendit du véhicule, Mehdi lui ouvrit le passage et lui emboita le pas, l’angoisse qu’il avait ressentie le matin commençait à se dissiper, il sentait que cet homme avait une personnalité assez forte et qu’il avait toutes les chances de s’entendre avec lui.
lundi 15 octobre 2007
vendredi 12 octobre 2007
Mehdi "Lbantouri" (19) - Le silo aux grains (2)
Le chemin montait un peu et juste à la fin d’une succession de masures Mehdi s’arrêta devant un ensemble de logis collées les uns aux autres, et entourés d’un muret en pisé d’une hauteur d’un mètre environ. Une petite clôture, faite de pieux en bois mal élimés, placés en cercle et envahis par des ronces de toutes parts , indiquait l’emplacement du parcage des animaux. Un baraquement tout au fond, disposant d’un grand portail en bois complètement béant et rabattu sur le flanc gauche laissait apparaître dans la pénombre, des animaux de traite entrain de se gaver de foin.
Mehdi se disait que ce petit ksar devait appartenir à un riche propriétaire. Serait –il la personne qu’il recherchait ? En l’occurrence Si Ali dont si Mohamed venait de lui parler ?
Il décida de confirmer ces présomptions en demandant à un passant.
- Monsieur, que Dieu vous garde ! Est-ce bien là où habite Si Ali ?
- Oui Monsieur, prenez la petite allée et frappez à la première porte que vous trouverez sur votre gauche.
Mehdi remercia son informateur et s’engouffra dans l’allée pour rejoindre la maison indiquée, quand un homme, haut de taille en sortait et venait à sa rencontre.
Mehdi s’arrêta par respect pour l’attendre.
- Salamou Alikoum, que Dieu soit miséricordieux pour vos parents, je cherche Si Ali.
- Il n’est pas là, il est à Mogador, il ne rentre que ce soir.
- Je suis à la recherche d’un travail et on m’a conseillé de venir le voir.
- Ce n’est pas le travail qui manque, mais il faut attendre Si Ali, lui seul en décidera. Revenez après la prière de l’AASR.
Mehdi n’eut d’autres choix que de rebrousser chemin vers l’entrée du Ksar, sentant rivé sur lui, derrière son dos, le regard méfiant de son interlocuteur.
En quittant l’allée il prit la direction de la montagne, marcha sur quelques kilomètre et alla se mettre à l’ombre d’un arganier car le soleil s’approchait déjà du zénith. De sa position, il surplombait maintenant tout le village. Il voyait les habitants, les uns à proximité de leurs chaumières, les autres dans les champs et d’autres encore dans les vergers situés au point le plus bas du vallon. Chacun vaquait à ses tâches et Mehdi, les enviait pour cela et se disait, déjà à cet âge là, que l’homme est celui qui travaille. L’oisiveté et les loisirs ne représentaient rien pour lui, parce qu’il n’en a jamais goûté, ce trait de caractère ne le quittera plus jamais jusqu’à la fin de ses jours.
Il se voyait déjà dans les champs plié en deux, entrain de bêcher ou dans un verger entrain de colmater les nœuds des seguias (rabtat), chose qu’il maitrisait et pouvait entreprendre sans grande difficulté.
Mehdi se disait que ce petit ksar devait appartenir à un riche propriétaire. Serait –il la personne qu’il recherchait ? En l’occurrence Si Ali dont si Mohamed venait de lui parler ?
Il décida de confirmer ces présomptions en demandant à un passant.
- Monsieur, que Dieu vous garde ! Est-ce bien là où habite Si Ali ?
- Oui Monsieur, prenez la petite allée et frappez à la première porte que vous trouverez sur votre gauche.
Mehdi remercia son informateur et s’engouffra dans l’allée pour rejoindre la maison indiquée, quand un homme, haut de taille en sortait et venait à sa rencontre.
Mehdi s’arrêta par respect pour l’attendre.
- Salamou Alikoum, que Dieu soit miséricordieux pour vos parents, je cherche Si Ali.
- Il n’est pas là, il est à Mogador, il ne rentre que ce soir.
- Je suis à la recherche d’un travail et on m’a conseillé de venir le voir.
- Ce n’est pas le travail qui manque, mais il faut attendre Si Ali, lui seul en décidera. Revenez après la prière de l’AASR.
Mehdi n’eut d’autres choix que de rebrousser chemin vers l’entrée du Ksar, sentant rivé sur lui, derrière son dos, le regard méfiant de son interlocuteur.
En quittant l’allée il prit la direction de la montagne, marcha sur quelques kilomètre et alla se mettre à l’ombre d’un arganier car le soleil s’approchait déjà du zénith. De sa position, il surplombait maintenant tout le village. Il voyait les habitants, les uns à proximité de leurs chaumières, les autres dans les champs et d’autres encore dans les vergers situés au point le plus bas du vallon. Chacun vaquait à ses tâches et Mehdi, les enviait pour cela et se disait, déjà à cet âge là, que l’homme est celui qui travaille. L’oisiveté et les loisirs ne représentaient rien pour lui, parce qu’il n’en a jamais goûté, ce trait de caractère ne le quittera plus jamais jusqu’à la fin de ses jours.
Il se voyait déjà dans les champs plié en deux, entrain de bêcher ou dans un verger entrain de colmater les nœuds des seguias (rabtat), chose qu’il maitrisait et pouvait entreprendre sans grande difficulté.
mardi 9 octobre 2007
Mehdi "Lbnantouri " -(18)- Le silo aux grains (1)
Aux premières lueurs de l’aube, Mehdi était déjà sur pieds, quand il fût rejoint par son hôte qui lui ouvrit la porte et lui indiqua le chemin du petit coin pour faire sa toilette.
En sortant de la porte Mehdi découvrit, hormis le chien aux aguets mais moins hostile que la veille, le paysage limitrophe à la masure qu’il n’a pu apprécier la nuit à son arrivée.
Le jour levant lui apporta des réponses aux questionnements qu’il se posait. La nature encore abasourdie par la gelée matinale, atone et muette, par respect pour les êtres commensaux qu’elle abrite, offrait, de très près à Mehdi des facettes qu’il ne lui connaissait pas. L’arganier, l’olivier, le thym vivant en symbiose dans un écosystème un tantinet féerique, de son point de vue, esquissaient un tableau peu commun à ses yeux. Un engouement que son hôte dont les sens habitués à son périmètre immédiat ne partageait pas avec son invité.
Après avoir fait un brin de toilette, prit un petit déjeuner Mehdi obtient de son hôte le nom d’un villageois qui cherchait un ouvrier pour travailler aux champs. Il le remercia pour sa bienveillance et prit la direction de la maison de Si Ali un employeur potentiel à ses yeux.
Il devait traverser tout le douar pour arriver à sa destination et chemin faisant, Mehdi sentait le regard des quelques passants matinaux se poser sur lui. Un étranger qui débarque dans ce petit bourg est vite repéré. Mehdi malgré son accoutrement propre à la région, il était dénoncé par son balluchon ainsi que par l’impression qu’il donne à vouloir scruter tout sur son passage. Son allure et sa démarche incertaines, aux yeux des autres, le trahissaient peu ou prou. Mehdi devait passer par un chemin muletier et sinueux qui se faufilait au milieu des masures, par endroit très étroit, au point qu’il lui arrivait de se mettre de côté pour laisser passer l’autre usager de la piste. Le salut « Paix sur vous » coutumier et implicite ne manquait jamais à ces croisements et dans n’importe quelle circonstance. Il avait déjà appris que pour pénétrer un nouveau milieu sans causer de remous, il fallait mettre ses nouveaux concitoyens à l’aise en respectant leurs us et leurs manières de vivre.
En sortant de la porte Mehdi découvrit, hormis le chien aux aguets mais moins hostile que la veille, le paysage limitrophe à la masure qu’il n’a pu apprécier la nuit à son arrivée.
Le jour levant lui apporta des réponses aux questionnements qu’il se posait. La nature encore abasourdie par la gelée matinale, atone et muette, par respect pour les êtres commensaux qu’elle abrite, offrait, de très près à Mehdi des facettes qu’il ne lui connaissait pas. L’arganier, l’olivier, le thym vivant en symbiose dans un écosystème un tantinet féerique, de son point de vue, esquissaient un tableau peu commun à ses yeux. Un engouement que son hôte dont les sens habitués à son périmètre immédiat ne partageait pas avec son invité.
Après avoir fait un brin de toilette, prit un petit déjeuner Mehdi obtient de son hôte le nom d’un villageois qui cherchait un ouvrier pour travailler aux champs. Il le remercia pour sa bienveillance et prit la direction de la maison de Si Ali un employeur potentiel à ses yeux.
Il devait traverser tout le douar pour arriver à sa destination et chemin faisant, Mehdi sentait le regard des quelques passants matinaux se poser sur lui. Un étranger qui débarque dans ce petit bourg est vite repéré. Mehdi malgré son accoutrement propre à la région, il était dénoncé par son balluchon ainsi que par l’impression qu’il donne à vouloir scruter tout sur son passage. Son allure et sa démarche incertaines, aux yeux des autres, le trahissaient peu ou prou. Mehdi devait passer par un chemin muletier et sinueux qui se faufilait au milieu des masures, par endroit très étroit, au point qu’il lui arrivait de se mettre de côté pour laisser passer l’autre usager de la piste. Le salut « Paix sur vous » coutumier et implicite ne manquait jamais à ces croisements et dans n’importe quelle circonstance. Il avait déjà appris que pour pénétrer un nouveau milieu sans causer de remous, il fallait mettre ses nouveaux concitoyens à l’aise en respectant leurs us et leurs manières de vivre.
mardi 2 octobre 2007
Mehdi "Lbantouri" -(17)- Le sens de l'asile
A l’approche de la première chaumière, les aboiements d’un chien se faisaient entendre de loin, mais averti comme il l’était, Mehdi s’arma tout de go de deux gros cailloux et continua son chemin d’un pas assuré. Quand soudain les aboiements du chien s’estompèrent et un rayon de lumière vint couper l’épaisseur de la nuit juste au devant de lui.
Mehdi se retourna et vit une personne debout sur le seuil de la maison, entrain de calmer son chien. Celui-ci, comme désenchanté de ne pouvoir goûter au mollet du visiteur, poussait des cris mélangés de grognements qui en disaient long sur ses intentions.
Maintenant Mehdi était entièrement éclairé et salua le propriétaire de la main. La taille de l’enfant mit la personne en confiance qui s’enhardit à avancer vers lui pour s’arrêter à quelques mètres de la clôture en pisé qui entourait son logis.
Mehdi demanda asile pour la nuit et expliqua rapidement qu’il venait d’un douar à proximité de Khémis Meskala et qu’il était en quête de travail.
La demande d’asile fut acceptée et Mehdi fut prié de renter chez son hôte pour la nuit.
La nuit noire et le coin de l’œil qu’il usait pour surveiller le chien belliqueux devenu très pressant à l’approche de la porte l’empêcha de se faire tout de suite une idée sur l’extérieur du logis de son hôte.
Mais une fois à l’intérieur, il se retrouva dans une grande pièce où les murs tout en pisé laissaient apparaître par endroit des fétus de pailles bistrés donnant du relief aux enduits de terre. Deux troncs d’arbre découpés sans égards formaient un genre de péristyle et étayaient une longue traverse qui servaient de soutient aux poutrelles supportant le chaume de la toiture.
Un rideau en tissu masquait un passage vers l’arrière maison. La pièce est éclairée par une autre lampe à carbone accrochée à une esse elle-même suspendue au plafond.
A gauche, des tapis à motifs polymorphes rendant un noir lâche sur fond vermillon ou jaune foncé, étaient étalés sur un demi-périmètre de la pièce au dessus d’une grande natte en joncs entrelacés qui frôlait le coin du feu.
Sur la droite, un métier à tisser était debout et une ébauche d’une pièce en laine à rayures noires, laissait présager la venue au monde d’une défroque pour adulte. C'est sûrement une djellaba, au pire un burnous, se disait-il.
L’âtre où quelques bûches crépitaient encore, rompant ainsi le silence, rajoutait à cet intérieur, une beauté dans la simplicité.
Ce décor, quoique rudimentaire, n’était pas nouveau pour lui mais il y trouvait cette fois-ci quelque chose de différent. Il y sentait de la chaleur humaine, de la bonhomie. Mehdi s’assit et s’adossa incontinent au mur juste en face de l’ouvrage de laine. Ce climat de détente, cette sensation de sécurité, ajoutés à sa longue marche de la journée eurent raison de lui et le plongèrent dans une somnolence à laquelle il essayait de résister. Il fermait les yeux et les rouvrait par intermittence de peur d’être surpris par son hôte de fortune.
Mohamed, son hôte qui était pendant ce long moment passé de l’autre côté du rideau, revenait avec un plateau à la main, qu’il déposa aux pieds de son jeune visiteur.
Le thé qu’il venait offrir à son invité était en ces temps là une marque du bon recevoir inné chez ces gens là.
Mehdi raconta par bribe son histoire à son hôte qui lui promit de l’aider à trouver du travail.
Mohamed prit congé de son invité, après avoir soulevé un tapis à même le sol et le remit à Mehdi en guise de couverture.
Mehdi se retourna et vit une personne debout sur le seuil de la maison, entrain de calmer son chien. Celui-ci, comme désenchanté de ne pouvoir goûter au mollet du visiteur, poussait des cris mélangés de grognements qui en disaient long sur ses intentions.
Maintenant Mehdi était entièrement éclairé et salua le propriétaire de la main. La taille de l’enfant mit la personne en confiance qui s’enhardit à avancer vers lui pour s’arrêter à quelques mètres de la clôture en pisé qui entourait son logis.
Mehdi demanda asile pour la nuit et expliqua rapidement qu’il venait d’un douar à proximité de Khémis Meskala et qu’il était en quête de travail.
La demande d’asile fut acceptée et Mehdi fut prié de renter chez son hôte pour la nuit.
La nuit noire et le coin de l’œil qu’il usait pour surveiller le chien belliqueux devenu très pressant à l’approche de la porte l’empêcha de se faire tout de suite une idée sur l’extérieur du logis de son hôte.
Mais une fois à l’intérieur, il se retrouva dans une grande pièce où les murs tout en pisé laissaient apparaître par endroit des fétus de pailles bistrés donnant du relief aux enduits de terre. Deux troncs d’arbre découpés sans égards formaient un genre de péristyle et étayaient une longue traverse qui servaient de soutient aux poutrelles supportant le chaume de la toiture.
Un rideau en tissu masquait un passage vers l’arrière maison. La pièce est éclairée par une autre lampe à carbone accrochée à une esse elle-même suspendue au plafond.
A gauche, des tapis à motifs polymorphes rendant un noir lâche sur fond vermillon ou jaune foncé, étaient étalés sur un demi-périmètre de la pièce au dessus d’une grande natte en joncs entrelacés qui frôlait le coin du feu.
Sur la droite, un métier à tisser était debout et une ébauche d’une pièce en laine à rayures noires, laissait présager la venue au monde d’une défroque pour adulte. C'est sûrement une djellaba, au pire un burnous, se disait-il.
L’âtre où quelques bûches crépitaient encore, rompant ainsi le silence, rajoutait à cet intérieur, une beauté dans la simplicité.
Ce décor, quoique rudimentaire, n’était pas nouveau pour lui mais il y trouvait cette fois-ci quelque chose de différent. Il y sentait de la chaleur humaine, de la bonhomie. Mehdi s’assit et s’adossa incontinent au mur juste en face de l’ouvrage de laine. Ce climat de détente, cette sensation de sécurité, ajoutés à sa longue marche de la journée eurent raison de lui et le plongèrent dans une somnolence à laquelle il essayait de résister. Il fermait les yeux et les rouvrait par intermittence de peur d’être surpris par son hôte de fortune.
Mohamed, son hôte qui était pendant ce long moment passé de l’autre côté du rideau, revenait avec un plateau à la main, qu’il déposa aux pieds de son jeune visiteur.
Le thé qu’il venait offrir à son invité était en ces temps là une marque du bon recevoir inné chez ces gens là.
Mehdi raconta par bribe son histoire à son hôte qui lui promit de l’aider à trouver du travail.
Mohamed prit congé de son invité, après avoir soulevé un tapis à même le sol et le remit à Mehdi en guise de couverture.
samedi 29 septembre 2007
Mehdi "Lbantouri " -16- Le paysage contrasté
Il se trouvait debout sur une ligne de démarcation bien distincte, avec en face une contrée verdoyante et resplendissante et derrière lui un paysage funeste et lugubre qu’il aurait évité bien volontiers si le besoin ne l’y menât, surtout maintenant qu’il a vu cette apparition généreuse de la nature. Il se délecta un moment de ce délice tout en couleurs et ne pût s’empêcher de se dire que la nature, par le contraste des paysages qu’elle offrait, avait aussi ses hérésies. Comment appréhender à son âge la rudesse de la nature d’un côté et sa clémence de l’autre. Il n’y comprenait rien et s’expliquait difficilement cette lubie floristique.
Il sentit alors une bise fraiche lui caresser le visage, il leva les yeux, vit le soleil rougir et réalisa qu’il devait accélérer son allure s’il voulait arriver avant la nuit noire au village. Il abordait déjà une descente et vit les premières masures prendre forme au fur et à mesure qu’il se rapprochait. La présence du chien dont lui a parlé le voyageur ne l’inquiétait pas outre mesure. La période qu’il avait passée dans l’autre Douar, au contact de ce genre d’animal, lui a permis d’apprendre à se maitriser devant un chien et à repousser ses attaques à l’aide d’un gourdin ou de jets de pierres.
Il sentit alors une bise fraiche lui caresser le visage, il leva les yeux, vit le soleil rougir et réalisa qu’il devait accélérer son allure s’il voulait arriver avant la nuit noire au village. Il abordait déjà une descente et vit les premières masures prendre forme au fur et à mesure qu’il se rapprochait. La présence du chien dont lui a parlé le voyageur ne l’inquiétait pas outre mesure. La période qu’il avait passée dans l’autre Douar, au contact de ce genre d’animal, lui a permis d’apprendre à se maitriser devant un chien et à repousser ses attaques à l’aide d’un gourdin ou de jets de pierres.
lundi 24 septembre 2007
Mehdi "Lbantouri" -15- La marche vers l'inconnu
Au fur et à mesure qu’il avançait, il faisait défiler devant ses yeux toutes les tâches qu’il savait maintenant faire. Mais il ne s’en enorgueillit point, car il se rappelait le jour où il était à Essaouira et où les enfants de son âge allaient à l’école alors que lui faisait la vaisselle, lui fils de surcroit d’un Adl lettré et averti. Il venait de déduire de cela que le bon sens était inné chez tout un chacun et qu’il ne s’acquière pas nécessairement par l’apprentissage et l’éducation. Néanmoins cette idée ne calmait point la rage qu’il avait contre son père car s’il y avait quelques choses qu’il ne lui pardonnait point, après les châtiments corporels, c’était bien ce manquement du devoir d’un père envers sa progéniture en matière enseignement.
A cet instant, l’apparition d’une silhouette au loin, tirant sa monture, le fit extraire de ses rêveries diurnes. C’était la première âme qu’il voyait depuis qu’il avait quitté Tlet El Hanchane.
Cela le tranquillisait quelque peu et se disait qu’il se rapprochait sûrement de quelques habitations où il pouvait déjà commencer à faire sa quête de travail.
Alors qu’il saluait au passage l’autre marcheur, qui arrivait en sens inverse, il lui fit signe de s’arrêter et lui demanda quelques informations.
Le prochain Douar était à une heure de marche mais n’apparaissait pas au loin en raison d’une légère montée.
Un chien méchant, duquel il faut se méfier, se trouverait au niveau de la première masure.
Non personne au village n’aurait besoin d’un berger.
Telles étaient les informations qu’il reçut de l’autre voyageur dans un dialecte berbère ponctué de gallicismes arabes. Mehdi avait appris le berbère durant les trois années de son séjour dans la région s’étalant entre Haha et Chiadma et le parlait couramment.
Arrivé en haut de la pente, Mehdi s’arrêta net, éberlué d’extase devant un paysage sublime qui s’offrait à ses yeux.
Une vallée, peu escarpée, toute en verdure se prolongeait à perte de vue si bien qu’on distinguait difficilement son flanc en ubac.
Mehdi n’en revenait pas, il se frottait les yeux, serait-ce la fatigue de la longue marche qui lui jouerait des tours ? Il se retourna et découvrit le chemin poussiéreux et désolant qu’il venait d’emprunter, se retourna à nouveau et découvrit ce paysage paradisiaque sorti de nulle part.
A cet instant, l’apparition d’une silhouette au loin, tirant sa monture, le fit extraire de ses rêveries diurnes. C’était la première âme qu’il voyait depuis qu’il avait quitté Tlet El Hanchane.
Cela le tranquillisait quelque peu et se disait qu’il se rapprochait sûrement de quelques habitations où il pouvait déjà commencer à faire sa quête de travail.
Alors qu’il saluait au passage l’autre marcheur, qui arrivait en sens inverse, il lui fit signe de s’arrêter et lui demanda quelques informations.
Le prochain Douar était à une heure de marche mais n’apparaissait pas au loin en raison d’une légère montée.
Un chien méchant, duquel il faut se méfier, se trouverait au niveau de la première masure.
Non personne au village n’aurait besoin d’un berger.
Telles étaient les informations qu’il reçut de l’autre voyageur dans un dialecte berbère ponctué de gallicismes arabes. Mehdi avait appris le berbère durant les trois années de son séjour dans la région s’étalant entre Haha et Chiadma et le parlait couramment.
Arrivé en haut de la pente, Mehdi s’arrêta net, éberlué d’extase devant un paysage sublime qui s’offrait à ses yeux.
Une vallée, peu escarpée, toute en verdure se prolongeait à perte de vue si bien qu’on distinguait difficilement son flanc en ubac.
Mehdi n’en revenait pas, il se frottait les yeux, serait-ce la fatigue de la longue marche qui lui jouerait des tours ? Il se retourna et découvrit le chemin poussiéreux et désolant qu’il venait d’emprunter, se retourna à nouveau et découvrit ce paysage paradisiaque sorti de nulle part.
jeudi 20 septembre 2007
Mehdi "Lbantouri" -14- A la croisée des chemins
Le soleil était haut dans le ciel, quand Mehdi arriva à la patte d’oie de Tlat El Hanchane. Il fit une pause sous un arbre, sorti un morceau de pain de sa sacoche et tout en y mordant à plein dent, comme pour impressionner la férule du destin, il continuait à cogiter en pensant à son futur proche et notamment à la route à prendre maintenant qu’il est de nouveau à la croisée des chemins.Plusieurs supputations se bousculaient dans son esprit. Tant pis je reviens à Essaouira, je demande à la juive de me faire travailler et si tôt que j’aurai mis de côté quelques sous pour le voyage je quitte définitivement la région. Tout de suite il se détacha de cette idée car il risquait encore une mauvaise rencontre, une personne qui pourrait le reconnaître malgré que maintenant, plus basané et plus aguerri, il avait encore les traits du petit Mehdi le fils du « Adl » My Brahim. Alors je suivrai le chemin du muletier qui avait apparemment besoin d’un berger. Il se leva comme décidé à partir, pivota sur lui même et se rassit, laissa tomber son baluchon, ferma les yeux et s’assoupit un moment. Il se disait que le muletier a sûrement déjà quelqu’un pour s’occuper de ses moutons et qu’il ne pouvait pas l’attendre pendant trois ans. Un croissement de corbeau le réveilla subitement de son songe et machinalement, reprit son barda tourna le dos à Essaouira et s’engouffra à nouveau dans le firmament des valons du Haouz, il marmonnait qu’il n’avait plus le choix et pensait, en homme qu’il se sentait devenir, qu’il se devait d’affronter son futur et qu’il devait l’obliger à avoir lieu comme il se le dessinait. Désormais, il se sentait vraiment seul et n’avait d’autres artifices de conjurer le sort que de le défier. Il était maintenant disposé à travailler dans le premier douar qu’il trouvera sur son chemin.
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